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12 ottobre 2011

Le quart d’heure d’initiative

Utiliser des supports non littéraires est un moyen de donner une place à l’expérience des élèves, de travailler la prise de parole, l’écoute d’un autre et l’échange dans un groupe, et de passer du vécu personnel à la réflexion grâce à cet échange.

J’ai institué dans mes classes ce que j’appelle « le quart d’heure d’initiative », dont les effets ont largement dépassé l’objectif initial.

Chaque semaine à la même heure, une séance commence par l’exposé d’un élève. Il a entre trois et six minutes pour présenter ce qu’il veut dire. Puis la classe a entre trois et six minutes pour lui poser des questions ou faire des commentaires. Puis chacun écrit une trace de quelques lignes de ce qu’il a retenu. Le cadre est précis, écrit, donné au début de l’année. Chaque élève doit s’inscrire dans le planning. Si personne ne s’inscrit, je désigne un nom au hasard.

L’objet du quart d’heure varie selon les niveaux, en fonction de l’âge des élèves et de ce que les programmes prescrivent. Ce qui est commun, c’est qu’il faut présenter quelque chose pour quoi on a un réel intérêt, car la conviction fait partie des objectifs. Il est toujours possible de présenter un livre. L’approche littéraire n’est pas exclue, ce serait un comble ! Mais il y a d’autres entrées possibles qui permettent à chacun de trouver sa place dans la classe.

Entendre le vécu.

Ainsi, des élèves de 6ème se sont emparés de la possibilité de raconter une expérience vécue. Et c’est ainsi que le timide Maxime a ému la classe et tous les personnels du CDI en nous racontant un épisode d’un voyage au Burkina avec sa mère. Invité par un gamin à une partie de foot entre copains, il découvre qu’ils n’ont pas de ballon et qu’ils jouent avec une boule de tissu bricolée, mais que leur ardeur et leur plaisir n’en sont pas moins forts. Il avait les larmes aux yeux et son émotion communicative a d’abord réduit les autres au silence. Mais l’échange qui a suivi les a amenés à s’interroger sur les inégalités et la justice, et à poser des questions à leur professeur de géographie.

Une autre fois, c’est Célien qui a tenu la classe en haleine sur la chasse. Plusieurs élèves ne comprenaient pas qu’on puisse aimer tuer des animaux. Mais la manière de témoigner de son expérience, par exemple quand il a expliqué comment on dispose le gibier selon les règles du respect qui lui est dû, son humour dans le récit des maladresses des adultes, sa modestie, puisque bien sûr il ne chasse pas lui-même, son insistance sur les règles de sécurité, nous a forcés à écouter et à comprendre son enthousiasme, nous ouvrant à la légitimité de l’expérience de l’autre. Ce qui finalement est la condition de l’échange. Cet exposé à aussi soulevé des questions sur la complexité du rapport à la nature et à l’environnement, ce qui est favorable à la démarche d’apprentissage dans ce domaine. J’en ai profité aussi pour nuancer grandement l’évaluation que je pouvais faire des capacités d’expression de cet élève qui ne participait guère à l’oral en classe !

Une fenêtre sur le monde des élèves

En 4ème, ils peuvent présenter un domaine qui les intéresse à condition de constituer un petit dossier. C’est ainsi que j’ai pu percevoir des phénomènes dont je n’avais même pas idée, le jour où un élève a présenté sa passion : le skate.  Ce que je croyais naïvement être un sport ou un loisir, à la rigueur un mode de déplacement, s’est révélé presque aussi discriminant qu’une appartenance politique ou religieuse ! Les réactions des autres m’ont d’abord étonnée, puis je me suis fait expliquer pourquoi tel élève traitait les skaters de racistes, tel autre les désigner comme victimes…

Donner la parole aux élèves a été pour moi un moyen précieux de percevoir leur représentation du monde et de leur place.

En 3ème, ils peuvent parler d’un film à l’affiche. Occasion de parler des films qu’ils vont voir, et pas seulement des films que nous les emmenons voir.

Le quart d’heure n’a jamais été un moment difficile à gérer même dans des classes très agitées. Une fois posé le cadre, et vérifié que je le tiens fermement (personne n’intervient quand l’élève présente, puis on lève la main et l’intervenant distribue la parole, avec pas toujours les mêmes qui la monopolisent), ça tourne tout seul. La seule difficulté est à l’inscription et dans certaines classes il arrive qu’un ou deux élèves trouvent le moyen de ne pas passer. Mais ce n’est pas le plus fréquent. Et ça a été souvent une situation dans laquelle des élèves en délicatesse avec le monde scolaire ont pu montrer de l’intérêt, et même des compétences. Je me rappelle une 4ème à dispositif particulier, où le moment d’échange a été souvent très riche, sans langue de bois, et a mis en interaction de bons élèves et des décrocheurs potentiels, les derniers posent des questions pertinentes qui poussaient les premiers à s’investir plus personnellement dans leurs propos.

Sylvie Floc’hlay – Professeure de français en collège.

Source: Les Cahiers Pédagogiques – n°489

2 Comments on “Le quart d’heure d’initiative

giuliana mannarelli
24 ottobre 2011 a 14:00

c’est super, on va copier, si tu permets , au liceo europeo di roma dans les classes de biennio

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zambito giuseppina
20 ottobre 2011 a 17:46

fantastique! je crois le proposer à mes éléves meme si je pense que ça sera un peu difficile pour des élèves de 6ème 5ème et 4ème

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